Un petit retour aux sources pour moi en tant que journaliste aux Assises de Bobigny pour assister au procès de l’ancien maire de Travail Georges Tron accusé de viols par deux anciennes collaboratrices. Et pour témoigner de notre soutien à la Dre Muriel Salmona (Association Mémoire Traumatique et Victimologie) qui était auditionnée en tant que témoin et donc potentiellement confrontée à la furie habituelle et stratégique de l’avocat de l’accusé Eric Dupont-Moretti (#EDM)

Et cela n’a pas raté. Il est 11h passé en cette matinée. Deux témoins la secrétaire de l’ancien maire et la mère de Virginie Ettel ont été entendus dans un certain ron-ron habituel en cour d’assises. La Dre Salmona est la prochaine témoin citée par les parties civiles. Elle a reçu Virginie Ettel et Eva Loubrieu deux fois. Elle est convoquée à la barre pour expliquer les mécanismes psychotraumatiques des viols.

Avant son arrivée, EDM prend la parole. D’emblée il déforme la réalité: “c’est la psychiatre d’une des parties civiles (Ce qui est faux)”. “Va t elle se mettre au service d’une des plaignantes?”. Et d’enchaîner “c’est une victimologue militante”. Il rappelle que des expertises des plaignantes ont été réalisées, des contre expertises rejetées. Et il tonne: “on ose faire citer comme témoin une militante de la cause féministe”. Puis il se faufile dans l’obligation du respect du secret médical. Avant de tenter une véritable entreprise de decredibilisation de la Dre Salmona: “elle défend je ne sais pas quelle thèse. Militante pour l’imprescriptibilite des crimes en matière de mœurs (thème pas choisi au hasard car la majorité des magistrats sont contre). Et EDM de conclure “c’est un procès pas une tribune du militantisme”. “Si elle veut tenir meeting, elle le peut mais pas ici”.

Je bouillonne sur les bancs inconfortables de la cour d’assises. EDM fait tout pour miner le champ de la Dre Salmona avant son intervention. Il ne l’appelle d’ailleurs pas docteure mais “Mme Salmona” ce qui est dénigrant et étrangement le président et l’avocat général reprennent au départ le terme de “Mme Salmona”.

L’avocat des parties civiles prend alors la parole et rétablit les faits: “ça fait cinq ans que la Dre Salmona est citée en tant que témoin. Elle n’a vu que deux fois ma cliente”. Il s’étonne à juste titre de l’incident d’audience opportun provoqué par EDM aujourd’hui…il explique que la Dre Salmona est là pour expliquer la portée du psychotraumatisme en matière de viols.

Il rappelle à juste titre la déposition de l’experte officielle militante de SOS papa d’une des parties civiles…en matière de militantisme on ne peut pas faire pire…

Un autre avocat des parties civiles souligne aussi les compétences professionnelles de la Dre Salmona qui a produit des travaux sur la sidération, l’emprise, la dissociation. Il rappelle aussi que la victimologie est une discipline scientifique qui existe depuis les années 50.

Bref je passe sur les arguments des uns et des autres. Au final, la cour a rejeté les conclusions d’EDM en soulignant que la déposition de la Dre Salmona sera soumise à une débat contradictoire.

Puis Muriel Salmona, ignorante de ces débats (ce qui est normal puisqu’elle patientait dans la salle des temoins) s’est avancée à la barre. Elle savait bien que le moment était délicat l’objectif de la défense étant à travers elle de décrédibiliser les victimes.

D’emblée elle dit quelle a reçu Virginie Ettel et Eva Loubrieu. Elle n’elude rien. Elle sait qu’elle est soumise au secret médical mais aussi que ce sont les parties civiles qui l’ont convoquée.

Et la Dre Salmona de dérouler les mécanismes de survie au viol: dissociation, mise en danger , conduites addictives.. Elle détaille son parcours de psychiatre formée auprès des médecins militaires.

Ostensiblement, EDM fait montre de son ennui et de son mépris quand la Dre Salmona va au fond des sujets.

Puis d’un coup au moment du temps de question proposé à la défense, les avocats assaisonnent Muriel Salmona de questions sur l’amnésie traumatique. Dissociation, sidération sont prouvées disent-is mais l’amnésie traumatique?…

Muriel Salmona ne se démonte pas. Elle dit que l’amnésie traumatique n’est pas remise en cause mais que certains mécanismes liés à l’origine sont soumis à discussion.

Elle souligne aussi le très faible pourcentage de fausses allégations. Le SAP invalidé scientifiquement.

Puis l’échange avec les avocats de la défense s’est à nouveau longuement attardé sur l’amnésie traumatique pour mettre en doute la parole des victimes. Tentative qui a également échoué.

Tentative d’ailleurs pour le moins étonnante car dans le dossier Tron il n’y a pas de cas d’amnésie traumatique. Ce qui démontre une fois de plus que ce sujet dérange tous ceux qui cherchent à dénigrer et museler les victimes. J’étais en outre affligée que la Dre Salmona ait à vivre ce type de mise en accusation malhonnête très éloignée du coeur de ses travaux et de son engagement.

Nous allons donc plus que jamais continuer à nous battre sur ce sujet crucial au coeur de l’impact des violences sexuelles.

Un grand merci à Muriel Salmona et à vous toutes et tous. Au final elle a écarté un nième attaque de EDM lui demandant si elle incarnait la vérité. Muriel Salmona lui a sèchement rétorqué qu’elle était là pour apporter des éléments d’explications. Le président l’a ensuite remerciée en l’appelant enfin “Docteure”….

Amitiés
Mie Kohiyama présidente de MoiAussiAmnesie