Nous avons été conviées aujourd’hui à notre première journée de formation à laquelle j’ai participée en tant que présidente de MoiAussiAmnesie à Cherbourg. Il s’agissait d’une invitation de l’association “Sortir du silence” qui organisait deux journées destinées aux professionnels impliqués dans la lutte contre les violences sexuelles.

Fondée en 1997, “Sortir du silence” a pour objectif de favoriser l’entraide entre les victimes de violences sexuelles par des groupes de parole et mener des actions d’information et de prévention sur le sujet.

Le public était composé d’acteurs sociaux, assistantes sociales, éducatrices, médecins, avocats et victimes aussi.

Un public extrêmement bienveillant et conscient. Cette association compte environ 25 bénévoles dans le même esprit qui ont eu la chance de bénéficier des enseignements de la Dre Muriel Salmona (Association Mémoire Traumatique et Victimologie) il y de cela plusieurs années.

J’ai donc fait une présentation devant ce public attentif (quelque 200 personnes) en faisant une rapide synthèse de mon parcours thérapeutique et judiciaire et en racontant l’année qui vient de s’écouler avec notre combat autour de l’amnésie traumatique et de la loi sur les violences sexuelles et sexistes. J’ai eu l’occasion d’aborder les limites de la loi Schiappa avec l’absence de seuil d’âge et toute la campagne de désinformation que nous avons eue à subir. Certains participants avaient notamment suivi notre bataille pour le retrait de l’infographie détournée de la Dre Salmona. J’ai également parlé des tribunes que nous avons écrites pour le JDD et les ASH.

J’ai eu aussi le temps de développer l’esprit et les missions de MoiAussiAmnesie et de parler de nos groupes de parole et des spécificités des victimes affectées par une amnésie traumatique partielle ou totale.

A l’issue de mon intervention, de nombreuses questions ont été posées sur l’amnésie traumatique. Linda Tromeleue thérapeute une intervenante et moi même y avons répondues. Les interventions montraient un intérêt pour une question qui commence à être de mieux en mieux connue.

Une psychiatre retraitée a fait une intervention très touchante en rapportant un cas d’amnésie qu’elle avait eue à traiter en tant qu’expert judiciaire. Elle en avait encore les larmes aux yeux car en première instance l’amnésie de la victime avait été reconnue et l’auteur condamné mais il avait été acquitté en appel. A partir de là, a-t-elle dit, “je n’ai jamais plus été expert judiciaire après”. J’ai souligné que notre combat consistait aussi à médiatiser le sujet pour inciter davantage de professionnels à se former sur ces questions.

J’ai aussi parlé des aspects européens qui vont être majeurs en cette année électorale. Le retard structurel de la France en matière judiciaire par rapport aux autres pays européens, la correctionnalisation des viols. Et décrypté le mouvement #WhyIDidntReport, l’étape suivante de #MeToo en ce sens qu’il révèle les questions universelles qui expliquent les raisons du silence des victimes de violences sexuelles dans le monde entier.

Avant mon intervention, une troupe de théâtre “Rhino l’a vue” a joué une très touchante composition sur la question de la prescription pénale abordée sous la forme de l’allégorie d’une jeune femme venant déposer un gros paquet à la poste….mais trop tard.
Les acteurs ont lu des tweets de #WhyIDidntReport à la fin de leur spectacle.

A la fin de l’après midi, plusieurs victimes sont venues me parler. L’une d’elle se disant prête à témoigner pour notre site. Comme souvent il ressort des témoignages la difficulté à trouver des thérapeutes formés au psychotraumatisme. La réalité actuelle en France est que de nombreuses victimes restent dans leur souffrance et leur isolement faute de thérapeutes formés.

Longue conversation aussi avec une sage femme souvent confrontée à des victimes de violences sexuelles.

J’ai rappelé que les centres de psychotrauma, projet dans lequel la Dre Salmona est impliquée ne vont pas tarder à voir le jour en France. Et le besoin est criant…

Les retours ont été très positifs. De nombreux participants m’ont dit qu’ils iraient consulter notre site.

J’ai conclu en insistant sur la nécessité de s’engager sincèrement dans un mouvement collectif et rassembleur pour lutter contre ces violences endémiques. En évoquant la mobilisation à venir de #Noustoutes et la nécessité d’y inclure les violences sexuelles contre les enfants.

Belle soirée et bon weekend à toutes et à tous

Mie Kohiyama pour le groupe #MoiAussiAmnesie