Sur les conseils avisés de Jean-Pierre Salmona, nous avons décidé de tenir un journal de bord des décisions judiciaires, verdicts ou jugements pris en matière de pédocriminalité depuis l’entrée en vigueur de la #LoiSchiappa début août 2018.

Cette initiative est d’autant plus importante que l’ensemble des associations ont, dès la présentation du texte, dénoncé les failles de cette loi alors même que les équipes de la Secrétariat d’Etat chargé de l’égalité FH et contre les discriminations assuraient de leur côté qu’il s’agissait d’une loi qui allaient “renforcer” les condamnations des pédocriminels.

Plusieurs décisions judiciaires récentes ont montré que nous avions raison. La #LoiSchiappa ne change rien en matière d’impunité de la pédocriminalité.

Dans le sillage de la mobilisation de Nous Toutes et de celle de toutes et tous sur les réseaux sociaux, le gouvernement a néanmoins annoncé la mise en place d’un groupe de suivi chargé d’évaluer les condamnations liées à la #LoiSchiappa. Il s’agit du premier signe de prise en considération des associations et experts voire d’interrogation du gouvernement depuis le vote de cette loi.

La Secrétaire d’Etat l’a elle même dit: s’il s’avère que le bilan est négatif, le gouvernement présentera des textes “plus contraignants”.

Et opportunément, une décision judiciaire datant du 7 novembre allant enfin dans le bon sens a été rendu publique hier. Il s’agit de la condamnation à 7 ans de prison de l’agresseur de #Justine qui avait été acquitté en première instance. Pour rappel, cet homme a violé #Justine en 2009. Elle avait alors 11 ans. Elle est tombée enceinte à la suite de ses viols, a accouché. Son bébé est aujourd’hui un enfant placé.

Cette affaire avait provoqué un tollé car elle intervenait peu après celle de #Sarah à #Pontoise dans laquelle nombre de Français découvraient que les enfants victimes étaient soumis à cette absurde recherche du consentement à un viol commis par un adulte. Sarah, 11 ans, avait été estimée consentante à un viol commis par un homme de 29 ans.

L’enjeu de ces affaires est fondamental. Nous vous proposons donc à toutes et tous d’être partie prenante de ce journal en nous envoyant régulièrement les décisions que vous pourrez repérer dans la presse quotidienne régionale ou que vous apprenez de source judiciaire.

L’objectif est de montrer au gouvernement que nous restons vigilants en dépit d’annonces allant dans le bons sens.

Excellente après-midi à toutes et à tous,

Mié Kohiyama, présidente de MoiAussiAmnesie

Depuis le vote de la loi Schiappa dans un hémicycle quasi désert (92 députés présents sur 577), voici les décisions judiciaires qui ont été médiatisées et dont la majorité montre le statut quo en matière d’impunité de la pédocriminalité. En voici la liste non exhaustive:

➡️Mi-octobre 2018: le parquet de Versailles requiert l’abandon des poursuites pour viols sur mineurs visant deux pompiers et demande leur renvoi devant le tribunal correctionnel pour atteinte sexuelle sur une adolescente.
Ces réquisitions, dans l’attente de la décision du juge d’instruction, ont été prises après huit ans d’instruction.
Julie, la victime aujourd’hui âgée de 23 ans, a été violée en réunion de l’âge de 13 à 15 ans par une vingtaine de pompiers et ce jusque dans l’hôpital psychiatrique où elle était prise en charge. Elle a fait plusieurs tentatives de suicide.

➡️ 24 octobre 2018: la cour d’assises des Ardennes condamne à 16 ans de réclusion criminelle un homme de 35 ans pour le viol d’un enfant de 11 ans sous la menace d’une arme. 18 ans de réclusion avait été requis. L’homme, qui est mis en examen dans une seconde affaire d’agression sexuelle, a fait appel.

➡️25 octobre 2018: la cour d’assises de Roubaix requalifie en atteinte sexuelle le viol d’une enfant de 12 ans par un homme de 29 ans jugé pour “viols sur mineurs”. L’homme a été condamné à 5 ans de prison dont un avec sursis.

➡️7 novembre 2018: la cour d’assises de Paris condamne à 7 ans de prison l’agresseur de #Justine qui avait été acquitté en première instance par les Assises du Val-de-Marne.
En 2009, alors âgé de 22 ans, il avait violé #Justine, 11 ans, qui était ensuite tombée enceinte et avait accouché. L’acquittement de son agresseur par les Assises du Val-de-Marne qui avaient estimé #Justine consentante avait provoqué un tollé venant nourrir le débat sur la nécessité d’instituer un âge de consentement légal strict. (Décision rendue publique le 27 novembre 2018).

➡️9 novembre 2018: le beau-père d’une adolescente de 14 ans est condamné à cinq mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Compiègne pour atteinte sexuelle. Il a commis sur elle des fellations donc des viols. L’expertise psychologique menée sur cette jeune personne fait apparaître une carence affective, influençable et vulnérable. Elle souffre également d’une légère déficience intellectuelle.

➡️16 novembre 2018: un homme aujourd’hui âgé de 26 ans, acquitté pour le viol d’une enfant de 13 ans déficiente mentale par la cour d’assises des mineurs de Rodez. Au moment des faits, l’accusé était âgé de 17 ans. Toute l’attention s’est focalisée sur le consentement supposé de la victime.

➡️21 novembre 2018: un verdict choquant embrase les réseaux sociaux. La cour d’assises de la Manche acquitte un jeune réfugié d’origine bangladaise du viol d’une lycéenne de 15 ans à Saint-Lô, fin 2015. Il est uniquement condamné à du sursis pour l’agression sexuelle d’une autre lycéenne. La Cour dit avoir pris en compte “des manifestations d’adhésion active” au viol (!) de la victime. La défense de son côté a évoqué “les codes culturels” qui empêchaient l’accusé de prendre conscience du non consentement de l’adolescente. Un argument qui a choqué les associations à l’unanimité. Le président de la Cour précise à la victime que les jurés la croient mais que l’infraction est insuffisamment caractérisée. Le parquet général a fait appel. L’avocat général avait requis 6 ans de prison.

➡️ 23 novembre 2018: le tribunal correctionnel de Créteil condamne à 4 mois de prison avec sursis, le trompettiste franco-libanais Ibrahim Maalouf pour l’agression sexuelle d’une collégienne de 14 ans. Le procureur avait requis 6 mois d’emprisonnement avec sursis.

➡️ 26 novembre 2018: le tribunal correctionnel de Soissons condamne à 30 mois de prison avec sursis dont 15 avec sursis, un ex-entraîneur de rugby qui avait pris l’habitude de filmer “nus” des adolescents de son club entre 2011 et 2015.

➡️ 29 novembre 2018: la cour d’assises de Bastia condamne à 15 ans de réclusion criminelle un homme de 78 ans accusé d’avoir violé sa petite-fille de 9 ans. En première instance il avait été condamné à 12 ans de réclusion. Il était jugé pour viols, tentative de viols et agressions sexuelles sur mineur de 15 ans. C’est le père de la fille qui avait porté plainte en découvrant les faits dans le journal intime de sa fille. Le caractère incestueux a été reconnu par la cour.

➡️ 3 décembre 2018: le tribunal correctionnel d’Épinal condamne un homme de 46 ans à quatre ans de prison ferme pour des agressions sexuelles à l’encontre de trois enfants, un garçon et deux filles âgés de 8 à 9 ans. Une expertise avait mis au jour un début de pénétration sur l’une des victimes. 5 ans de prison ferme avaient été requis.

➡️4 décembre 2018: le tribunal correctionnel de Saint-Brieuc condamne à trois ans de prison avec sursis un jeune homme de 19 ans (18 ans à l’époque des faits) pour atteinte sexuelle sur une adolescente de 14 ans. Elle affirme que les rapports ont été imposés, c’est à dire des viols sur mineurs qui auraient dû être jugés aux assises. Avant le viol, il l’a harcelée sur les réseaux sociaux.

Chaque année en France, 130.000 filles et 35.000 garçons sont victimes de viols et de tentatives de viols. 4% des victimes portent plainte. 0,3% de l’ensemble des viols sur mineurs sont jugés aux assises, selon Association Mémoire Traumatique et Victimologie. De façon globale, les dernières statistiques officielles font en outre état d’une baisse de 40% de condamnations pour viols en France.