Je vous fais part de mon énervement du jour: un raccourci du Le Monde sur notre combat pour la reconnaissance de l’amnésie traumatique affectant les victimes de violences sexuelles. D’autant que j’ai accordé une interview au journal.

Selon cet article, faire partir le délai de prescription à partir de la révélation des faits de victimes de violences sexuelles sortant d’une amnésie traumatique reviendrait à créer une sorte d'”imprescriptibilité de fait”, déguisée en quelque sorte. Ce n’est pas du tout le sens de notre combat.

Pour rappel: nous nous appuyons sur la loi de février 2017 de la prescription pénale qui a inscrit l’obstacle insurmontable comme un élément suspensif de la prescription. Nous demandons, en raison d’une jurisprudence discriminatoire, que le législateur inscrive clairement dans la loi que l’amnésie traumatique est un obstacle insurmontable sous réserve d’expertises.

Dès lors que l’amnésie traumatique est établie l’enquête pourra se dérouler dans le cadre d’une enquête normale soumise au même régime que les autres enquêtes avec la nécessité d’apporter les preuves des viols.

Il ne s’agit donc pas, contrairement à ce que sous-entend l’article, d’une imprescriptibilité déguisée mais de la reconnaissance de l’impact psychotraumatique des violences sexuelles sur mineurs. Impact qui laisse des traces profondes sur les victimes. Je rappelle aussi que l’amnésie traumatique affecte entre 40 et 60% des victimes de violences sexuelles subies dans leur minorité.

Et la réalité est la suivante: en France et dans le monde, une très vaste majorité de victimes de violences sexuelles dans leur enfance ou leur adolescence, de toutes générations confondues, se sont murées dans le silence faute d’avoir été prises en compte: par un huis clos familial étouffant, par une société dans le déni, par des médecins insuffisamment formés au psychotraumatisme, par un système judiciaire aveuglé aussi et en grand manque de moyens…etc

Alors nous estimons que demander une reconnaissance symbolique de l’amnésie traumatique dans la loi qui ne va pas révolutionner le système judiciaire ni le surcharger, ce n’est qu’une goutte dans l’océan par rapport à la somme de souffrances endurées par les victimes. Ainsi que pour contribuer à la lutte nécessaire de l’impunité quasi-totale des violeurs d’enfants en France…

A bon entendeur…

Mie Kohiyama pour le groupe #MoiAussiAmnesie

Extrait journal Le Monde