Que ressent une victime d’amnésie traumatique suite à des violences sexuelles quand un “soignant” dénigre ce mécanisme et parle d’un risque d'”épidémie de faux souvenirs”? Le témoignage de Natacha, 37 ans, violée à 16 ans. 20 ans d’amnésie traumatique.

Mié Kohiyama pour le groupe “MoiAussiAmnesie”

 

“Vingt ans après les viols, mes souvenirs enfin revenus, je me bats quotidiennement contre ces médecins, psychologues et psychiatres de mon passé qui tour à tour ne m’ont pas crue, ont minimisé ces viols, m’ont mise en garde que l’amnésie partielle dont je souffrais était un problème pour la justice et que même en me souvenant d’une partie de ces horreurs, je passerai pour une menteuse ou pour une folle au mieux. Je me bats donc pour tenter de supprimer la peur et la culpabilité qui me rongent au point de n’être pas encore en mesure de porter plainte même si consciemment, je sais que c’est ce que je dois faire.

Dans quelques mois, mes viols seront prescrits et je ne sais pas si j’aurai le temps de surmonter tout cela et de réclamer justice.

Et puis comme une forme de reconnaissance, on m’a offert la possibilité d’aider des hommes et des femmes qui se battent pour que la loi change, pour que l’amnésie traumatique soit prise en compte en faisant commencer le délai de prescription au moment où l’on se souvient.

Vient le soulagement, un amendement voté au Sénat pour répondre enfin aux souffrances et à la solitude des victimes d’amnésie traumatique. Mettre fin à l’impunité des violeurs et pédocriminels qui peuvent compter jusqu’à présent sur le temps et l’horreur de leurs actes pour bâillonner les victimes.

Nous y sommes: il ne reste plus qu’un vote à l’Assemblée Nationale et après expertise pour valider ou non l’amnésie, sous réserve de l’accord des juges, nous pourrons déposer plainte et une enquête de viol classique pourra s’ouvrir.

Je me bats avec mes armes: de la volonté, l’envie de vivre au delà de l’horreur, une psychologue tenace et bienveillante à mes côtés et le soutien sans faille de mes amis du groupe MoiAussiAmnesie.

Et soudain le silence… un psychiatre qui ne nie pas l’amnésie traumatique mais qui ne souhaite pas la voir entrer dans la loi juste parce que quelques personnes pourraient porter plainte en ayant des « faux souvenirs ».

Rien n’est plus humiliant je crois pour une personne que d’avoir subi des violences sexuelles. Et pour les autres, je crois que l’idée même est humiliante et dégradante.

Alors de fausses plaintes en série…sérieusement? L’agression verbale est reconnue et punie par la loi, tout le monde porte t-il plainte sans raison pour autant?

Alors non, pas le silence, pas encore. Pas sur la recommandation d’une seule personne. Laissons une chance aux victimes d’être entendues. La reconnaissance de l’amnésie traumatique dont nous sommes nombreux à souffrir est aussi importante que la condamnation elle-même.

Écoutez les experts mais surtout, Mesdames et Messieurs membres de la commission des lois de l’Assemblée Nationale, merci de nous écouter nous, les victimes”.

Natacha

 

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