Bonjour, nous inaugurons la publication de nouveaux témoignages sur notre site avec celui de Justine, très parlant et emblématique de ce que vivent de nombreuses victimes d’amnésie traumatique suite à des violences sexuelles. Merci pour votre courage et votre confiance Justine

Difficile pour moi de témoigner, je n’ai que le savoir des manifestations du traumatisme psychique, pas de souvenirs autobiographiques, la “bombe” est toujours là. (Je possède des souvenirs d’abus divers pendant mon enfance et mon adolescence, mais – ça – ce que je revis dans les cauchemars, ce n’est pas sorti, c’est un trou dans ma tête, un trou d’obus).

J’ai traversé des périodes de plusieurs mois avec cauchemars traumatiques à répétition.

Crescendo de la précision du scénario et des sensations physiques et psychologiques. Volonté de savoir à la fin du cauchemar (“Il faut que j’ouvre les yeux, je veux savoir qui m’a fait ça”) se transformant en … je ne connais pas les mots pour décrire ce vertige de chute dans la mort ou dans la folie et le réveil en Hurlant pour sortir de cette agonie. Paralysie toujours aussi et lutte interminable et terrifiante pour bouger et me réveiller. Lutte contre l’endormissement dans ces périodes pour ” ne pas mourir ” pendant le cauchemar… Et dans la journée, sursauts, crainte d’être agressée, crises d’angoisse. Je me rappelle de mon regard dans la glace: yeux écarquillés de ceux qui sont dans l’effroi.

Je finirai ma vie sous antidépresseurs, sûrement Alzheimer, mais ne pourrai revivre cela, cette terreur. Certains me proposeront sans doute gentiment d’essayer de me faire aider. J’ai déjà tellement fait de démarches, impression d’avoir passé ma vie à ça, à chercher de l’aide chez des psys pour la plupart incompétents et obtus. Ces décennies de confrontation à tant d’incompétence m´ont épuisée.

Justine